Laurie Joly, magicienne de l’encre, de la pierre et du papier 🇫🇷

Publié le 23 octobre 2026 à 11:27

Noire est la couleur de sa tenue et de son chien. Mais elle pratique la magie blanche, à l’image de sa frange, au trois quarts décolorée. Laurie Joly est une magicienne de l’encre, de la pierre et du papier. C’est aussi une guerrière, car la maîtrise de ses sortilèges s’est faite à la sueur de son front.

L’artiste lithographe de trente-six ans travaille dans le sous-sol de sa maison lilloise. C’est dans cet espace de quelques mètres carrés aux briques apparentes, que la magie opère. Pas de chaudron ni de potion mais des pots d’encre et une grande presse en bois. Grâce à cet objet, Laurie imprime des estampes, en encrant de grandes plaques de pierre. C’est pendant son master aux Beaux-Arts de Bruxelles que la jeune femme a découvert la lithographie. «Quand j'ai mis les mains dedans, ça a vraiment été un coup de cœur » se rappelle-t-elle. Mais les presses lithographiques sont rares et chères, compter entre 3000 et 6000 euros la machine. Sortie d’école, Laurie est contrainte d’abandonner la pratique Elle fréquente un atelier d’artistes à Roubaix où elle s’exerce au dessin.

« Mais le travail de la pierre me manquait beaucoup ». Alors, c’est en faisant preuve de débrouillardise qu’elle obtient sa première presse. « J’ai trouvé un lithographe à Gand qui allait prendre sa retraite et qui m’en a vendu une toute rouillée à 500 euros ». La machine est inutilisable mais Laurie ne lâche pas l’affaire. «Pendant un an je travaillais puis j’allais chez mon père pour restaurer cette presse dans son garage ». En effet, et c’est le lot de nombreux artistes, la jeune femme ne vit pas de ses productions. « J’ai une activité secondaire dans l’informatique » confie-t-elle.

Cela ne l’empêche pas de se dévouer entièrement à sa passion. Une fois la presse réparée, Laurie réalise qu’il lui manque des connaissances dans le domaine. « C’est à force d’expérimentations, d’échecs et de nombreuses lectures que j’ai appris ». Elle doit affronter un véritable parcours du combattant pour maîtriser son art. Une formation qui va la mener jusqu’à Albuquerque aux États-Unis. C’est au Tamarind Institute, atelier de référence en lithographie situé au cœur du Nouveau-Mexique, que Laurie va perfectionner son savoir-faire pendant un mois.

Aujourd’hui Laurie Joly est à la fois artiste et imprimeuse. « J’ai les deux casquettes, j’imprime mes propres dessins et ceux d’autres artistes ». Ce qui transpire de toutes ses productions, c’est une réflexion permanente sur son médium. « Quand on encre une image sur une pierre, elle peut y subsister des siècles. Mais dès qu’on l’efface, elle est perdue à jamais. Je trouve ça poétique le potentiel éternel de l’image mais aussi sa grande fragilité. Ce métier rapporte peu, il est très physique et demande beaucoup d’abnégation. Alors il y a quelque chose de l’ordre de la résilience dans l’élaboration lente et patiente de ses propres images ».

Ses efforts ne seront pas vains : Laurie s’est donné la mission de faire « rayonner » son art. Elle exposera ses œuvres lors du Silicate Fest dans les locaux lillois de l’Association l’Ardente, qu’elle a cofondée. Rendez-vous le week-end des 7 et 8 novembre pour vous faire ensorceler par Laurie Joly.

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