Quand Charli XCX publie son sixième album studio intitulé BRAT début juin 2026, celui-ci devient vite un succès planétaire dont l’esthétique est reprise par toute une jeunesse, mais aussi par les marques et personnalités politiques. La police de caractère du titre de l’album est utilisée partout sur les réseaux sociaux et la couleur verte de la pochette devient la couleur de l’été 2024, lui-même baptisé « Brat Summer ». Le mot Brat qualifie en anglais une jeune fille, une gamine pas sage. L’esthétique de l’album est trash, les sons sont électro, Charli XCX devient la représentante d’une génération de femmes qui refusent d’être sages préfèrent secouer la tête dans des foules transpirantes toute la nuit. La capacité qu’a Charli XCX de participer à un discours culturel sur l’image des femmes, ainsi qu’à évoquer des sujets comme le manque de confiance en soi et les complexes corporels dans I might say something wrong ou Rewind ainsi que la mise en compétition des femmes entre elles dans Girl, so confusing montrent que la musicienne s’inscrit profondément dans son époque dès la sortie de Brat.
Néanmoins, et ce n’était peut-être pas l’intention de Charli XCX, mais Brat semble avoir été accueilli par le public comme un échappatoire. L’été 2024, rappelons-nous, est un moment crucial. Depuis huit mois, Israël s’attaque violemment aux habitants de la bande de Gaza, tandis que la guerre en Ukraine continue de faire rage. Grandit parallèlement et progressivement l’angoisse d’une réélection de Donald Trump, mais également l’espoir de la victoire de Kamala Harris. La France vit de son côté un moment d’incertitude politique à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron. Le Brat Summer apparaît alors comme salvateur. Il offre une distraction. En inondant les réseaux-sociaux de contenus, il dissout l’information inquiétante sur l’état du monde. En empruntant à l’esthétique des années 2000, il permet même une illusion de retour en arrière, à une époque appréciée par une génération qui, ne l’ayant peu ou pas connue, l’idéalise.
Été 2026, Charli XCX écrit dans Rock Music, premier single de son prochain album (Music, Fashion, Film, qui sortira ce 24 juillet) « I think the dancefloor is dead, so now we’re making Rock Music ». Des paroles qui enterrent définitivement l’ère Brat et annoncent un nouveau chapitre musical pour la britannique, mais qui donnent aussi à penser que le temps du déni sur les pistes de danse est terminé. Le second single s’ouvre sur ces mots ; « Spring, Summer ’26, When the world is gonna end, no hope for any of it, Yeah, we’re walkin’ on a runway that goes straight to hell, Nothing’s gonna save us, not music, fashion or film ». Ces paroles sont un aveu de faiblesse. L’art peut offrir un soulagement temporaire, comme Brat il y a deux ans, mais il ne peut pas sauver le monde. Virage déjà entamé par le génial album Wuthering Heights sorti l’année dernière en même temps que le film éponyme, le constat nihiliste de Charli XCX est accompagné par des sonorités davantage métalliques (les guitares sont de sortie) et une esthétique plus sombre, voire carrément noire et blanche pour le clip de Rock Music et la pochette de l’album. Celle-ci est d’ailleurs une photo de John Cale (avec qui elle a collaboré sur Wuthering Heights), Marc Jacobs et Martin Scorsese. La sainte trinité de Music, Fashion and Film. On lui passera pour cette fois le fait que ce sont trois hommes.
Même si ce n’est pas l’art qui mettra fin au dérèglement climatique et aux conflits qui se multiplient sur notre planète, celui-ci a quand même le mérite d’engendrer des réflexions sociétales et philosophiques, comme celles évoquées dans cet article. Alors, même en assurant que son domaine professionnel ne va pas changer le monde, Charli XCX contribue à ce changement en mettant des mots sur les angoisses de sa génération.
Le troisième single de l’album, Wink Wink nuance son message ; « I’m not a bad girl anymore, wink, wink » dit-elle. Le clin d’œil remet en question l’affirmation selon laquelle la chanteuse ne serait plus la Charli de Brat, déchaînée et rebelle. Alors, il n’y a plus qu’à attendre la sortie de l’album pour découvrir la thèse complète de celui-ci et se faire une idée plus précise de l’état d’esprit de la musicienne.
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